Georges Joignet

24/05/2017 11:53

 Qui étiez-vous Monsieur JOIGNET

Un nom sur une plaque de rue à

Bernouville et à Bézu, mais qui était GEORGES JOIGNET.

Maire de Bernouville du 25 mai 1929 au 8 août 1945

Né à Paris le 17 mars 1898 où il commence sa vie professionnelle dans un grand magasin grossiste en alimentation.

Marié à Cécile Vasseur, de Brignancourt (Oise), ils eurent deux fils : l’aîné Louis et le cadet Jean, qui dirigera quelques années après la mort du père, l’entreprise créée à Bézu Saint Eloi avec ses amis et associés Lucien Cornu et Joseph Pascal. ‘Alors qu’il avait déjà, avec son épouse, ouvert un magasin café-épicerie près de la mairie de Bernouville. Cette entreprise de grossiste en fromages et affinage (B.O.F.) se situait à Bézu Saint Eloi, 92 rue de Gisors où se trouve actuellement la boulangerie-pâtisserie. En passant devant le bâtiment, regardez le pignon de l’immeuble, vous y verrez les initiales :

   JC.P. en lettres d’or qui rappellent   les anciens exploitants.

Chaque jour, Georges se rendait de Bernouville à pied, voir à vélo, à son travail fredonnant ou sifflant son air préféré « Le Trompette de Bois », d’où son nom donné à Bernouville comme à Bézu Saint Eloi, aux rues qu’il suivait quotidiennement.

Le matin du 8 août 1944, le Maire de Gisors Monsieur Marchandin, vint le trouver pour lui demander d’assurer le ravitaillement de l’hôpital de la ville. Il connaissait les risques qu’il encourait, car depuis le 6 juin 1944 (jour du débarquement sur les plages normandes des troupes alliées qui allaient avec l’aide de la Résistance Française, libérer la France puis l’Europe du joug des troupes nazies), des tracts avaient été jetés par avions au-dessus de nos régions normandes, interdisant toute circulation pouvant être considérée comme déplacement de troupe d’occupation, donc anéantie.

Georges, de par sa fonction de Maire de sa commune et par les réseaux d’amis, savait les risques qu’il devait affronter. Mais il se sentait engagé, lui l’humaniste, par une responsabilité dans l’obligation d’y répondre positivement pour aider ceux qui attendaient tout de lui, pour tout simplement pouvoir manger, dans leur lit de souffrance. Il avait toujours aidé, avec sa femme ou ses associés, tous ceux qu’ils pouvaient épauler sans s’arrêter aux risques encourus.

Il s’était engagé près de son ami le Député de l’Eure Albert Forcinal élu sur la liste Radicale-Socialiste de Pierre Mendès-France. Quand A.Forcinal fut arrêté à Paris et jeté en prison avec son ami Bourgogne, puis rejoint par son épouse elle-même arrêtée à Gisors, pour être dirigés vers un camp d’extermination allemand, pour responsabilités dans la Résistance, en même temps que Sylvain Sénécaux et le couple Laurent de Neaufles Saint Martin, par chance les nazis ne purent pas remonter plus loin leurs poursuites, épargnant Lucien Cornu et Georges Joignet.

Lui, qui par son travail, était presque quotidiennement sur les routes de la région, avait une couverture auprès des inspecteurs qui contrôlaient tous les axes routiers. Il lui fallait donc répondre favorablement à la demande du Maire de Gisors. Il alla chez Madame Dubus,  sa belle-sœur, attela le poney à une carriole légère et partit pour une tournée de récupération dans les fermes de la région. Il faisait beau, le temps idéal pour réaliser les moissons, et ce beau temps lui facilitait son déplacement. Il connaissait tous les agriculteurs qu’il voyait en plaine. Sur le chemin du retour, à Heudicourt, des amis lui dirent : « Georges, viens prendre une bière ». « Non merci, je n’ai pas le temps, on m’attend à Gisors ».

Il prit la direction de la Folie, il lui restait encore une ou deux courbes de la route pour arriver au hameau, le poney trottait régulièrement, quand deux avions à double fuselage de la R.A.F. surgirent dans le ciel bleu. Un cultivateur et ses proches, tout en se cachant derrière une meule, lui crièrent de s’arrêter et de venir se cacher avec eux. Les deux avions piquèrent sur lui et remontèrent vers le ciel. Georges répondit au Père Foubère : « Ils ont bien vu que je ne suis pas un boche ! ».

 

Les deux avions engagèrent un deuxième passage, et cette fois firent feu de leurs lourdes mitrailleuses. Touché de plusieurs balles dont une dans la poitrine qui traversa son portefeuille, une à la base du cou et une dans la jambe, Georges venait de mourir sur cette petite route de campagne, sans avoir pu se défendre, alors qu’il aidait des inconnus. Le poney toujours attelé était mort dans les brancards de la charrette dont le bandage des roues avait été cisaillé par les balles. Son corps est ramené à Bernouville dans un véhicule à cheval prêté par Monsieur Gatine.

Pour ses funérailles un grand nombre de personnes vint lui rendre hommage, venant de tous les milieux, de tous les groupes. Georges Joignet représentait à leurs yeux les vieilles libertés françaises.

Le plus touché était son ami Marcel Duval, le menuisier de Bernouville, lui que Georges avait tant assisté quand il avait été atteint par le tétanos, en assurant chaque jour jusqu’à sa guérison le transport des sérums préparés par les laboratoires. Effondré, il déclara en pleure : « Et dire que moi, je n’ai rien pu faire pour lui ! ».

Le dimanche 7, veille de sa mort, il jouait aux cartes avec ses copains Dutry, Dufour, Jorelle et Sédille quand des avions de la R.A.F. et Allemands combattaient au-dessus des Bosquets. Madame Dutry déclara aux joueurs : « Entrez-vous mettre à l’abri. On ne sait jamais une balle perdue… ». Georges répondit : « Rien à craindre, ma brave Marie, et si je devais être tué ainsi mais que ça fasse finir la guerre, ce ne serait pas grave ». Le lendemain il était tué par des balles alliées.

Il fut déclaré mort à Bézu en allant au travail, pour éviter toutes les déclarations qu’il fallait établir pour son transfert d’une commune et d’un canton administratif qui n’étaient pas les -siens en période d’occupation.

Texte de Monsieur Jean-Claude JORELLE décembre 2016

 

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